C’est toujours un plaisir d’annoncer à son entourage que l’on vient de trouver un emploi. Ceci dit,  il n’est pas toujours facile d’expliquer en quoi il consiste. Pour ma part, je devais expliquer à mes proches ce qu’est un emploi en transfert de connaissances. Dans ma naïveté de novice, je l’ai fait à ma manière et, je l’avoue, j’étais plutôt déçu de mes performances en écoutant les réactions.

La vision de ma mère

Pour ma mère que je joignais au téléphone au Congo, j’étais un peu trop jeune pour « transférer des connaissances ». J’ai d’abord été perplexe, mais j’ai fini par comprendre sa logique. Dans les sociétés traditionnelles africaines, la responsabilité de transférer (ou de transmettre) les connaissances provenant des savoirs ancestraux revient aux plus âgés. D’où cette célèbre déclaration de l’auteur malien Amadou Hampâté Bâ : « Lorsqu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ».

La vision de mes amis

Pour mes amis de Montréal, il y avait ceux qui complexifiaient le concept en lui donnant une connotation trop savante tout en se montrant curieux sur les moyens utilisés. Il y avait également ceux qui simplifiaient le concept en le réduisant exclusivement à une formation.
J’avais encore du pain sur la planche.
J’ai donc décidé de me fier à leurs  compréhensions et leurs perceptions de mon travail pour leur fournir une meilleure explication.

Décryptage

Lorsque ma mère me parle de mon trop jeune âge pour ce type d’activités, elle soulève d’une part la question de la nature des connaissances à transférer (quoi?) et, d’autre part, celle de la légitimité sociale du porteur desdites connaissances (qui?). J’ai perçu un autre aspect dans les propos de ma mère, soit le caractère ésotérique de ces connaissances héritées des ancêtres, parfois teintées de magie noire, et devant être décodées (adaptées) avant d’être vulgarisées.
Comme avec ma mère, les réactions de mes amis m’ont bien inspirées. Car, si la curiosité des uns sur les moyens de transmission de ces savoirs soulève la question des stratégies de transfert à mon avis (comment), l’identification du transfert de connaissances à la formation par les autres implique la détection des destinataires de cette formation (à qui?).

Une reformulation nécessaire

Adaptation de quoi? Par qui? Comment? À qui? N’est-ce pas des questions que l’on se pose en transfert de connaissances? Permettent-elles de mieux expliquer à mes proches  ce que je fais? Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais essayons :

je-transfere-connaissances

« Allo maman, ça va? Écoute, je voulais juste te rassurer par rapport à la dernière conversation que nous avons eue sur mon nouvel emploi. Au fait,  les connaissances à transférer dans le cadre de cet emploi ne proviennent pas de savoirs ancestraux, mais plutôt des chercheurs ainsi que des praticiens travaillant dans le domaine des sciences humaines et sociales. Les porteurs de ces connaissances ne sont pas nécessairement âgés, mais plutôt des experts dans leurs domaines respectifs. Mon travail, c’est de faire en sorte que les connaissances produites soient utilisées par d’autres personnes ou milieux intéressés. Il consiste aussi à  créer des opportunités de collaboration entre les chercheurs et les praticiens en vue de la production conjointe des outils ou des connaissances utiles à la société. Ça te parait plus clair comme ça? Bon, écoute… je veux juste te rassurer que je ne me suis pas embarqué dans des affaires des savoirs ésotériques nord-américains. Je te rappelle… bisou. »

Je crois que cette fois, elle a compris. La preuve, elle ne m’a plus questionné par rapport à mon emploi…ce qui est bon signe. Non?